De sable et de rosée
Les Oryx,
antilopes remarquablement adaptées au désert, n'ont pas besoin de boire tant
qu'ils peuvent brouter les herbages qui couvrent la vallée de la Tsauchab. En
grimpant sur les dunes, ils se nourrissent également de bulbes et de racines
qu'ils déterrent au pied. Grégaires, les femelles se regroupent en harde d'une
douzaine d'individus et protègent les jeunes. Les mâles errent en solitaires.
Les pierres de la vie
Caché par l'horizon,
le soleil s'attarde sur les granites de Tinkas. Le Namib n'est pas le pays des
arbres. Seules les plantes succulentes capables d'emmagasiner l'eau dans leurs
tiges, leurs feuilles et leurs branches peuvent survivre dans des conditions d'hyper-aridité.
La silhouette d'Euphorbia virosa, dont la distribution s'étend des rives
du fleuve Orange jusqu'au sud de l'Angola, est celle qui ressemble le plus au
cactus candélabre américain.
De sable et de rosée
Des lambeaux de la brume
côtière, qui avait
noyé la mer de sable au-dessus d'Homeb, stagnent encore à l'horizon. Le
désert du Namib s'égoutte. Le soleil levant chasse les derniers embruns. Il
sèche et pulvérise le sable durci par l'humidité nocturne.
Les ombres de quelques doux nuages glissent entre les dunes linéaires, sur les
plaines interdunaires.
L'arche du désert
Farouche et timide,
une girafe
émerge prudemment du couvert végétal. Elle s'avance au ralenti, vers l'eau,
regard immobile, oreilles en alerte. Inspecter les lieux, flairer le vent,
baisser la tête d'un ample mouvement, écarter les pattes, les fléchir.
Se redresser d'un seul jet à la moindre alerte.
Et recommencer.
La girafe aspire enfin une longue gorgée qui s'échappe en une pluie de
lumière.
Terres de solitude
Montagnes rondes,
savane blonde
hérissée d'euphorbes en fleur, huttes de branches et de boues craquelées des
Himbas jalonnent la piste chaotique qui s'enfonce sur les terres du Kaokoland.
Au détour d'un virage, les eaux du Kunene s'étalent dans une vallée
verdoyante. Brusquement, les eaux paisibles s'engouffrent dans un réseau
d'étroites fissures, les chutes d'Epupa.
De sable et de rosée
L'humidité
de l'air se condense
dès le milieu de la nuit. Un petit coléoptère, le ténébrion Onymacris
unguicularis, surgit du sable, escalade les dunes. Parvenu au sommet, il
replie ses pattes antérieures, dresse son postérieur vers le ciel et offre son
dos à la brise de mer.
Des perles de rosée se déposent sur ses élytres cireux et ruissellent
jusqu'à sa bouche.
En un seul matin, il avale l'équivalent en eau de 40% de son poids.
Terres de solitude
Vallée de l'Huab.
Les éléphants ont
toujours sillonné les terres arides de la région Kunene. Mais la vision de ces
mastodontes qui doivent habituellement, pour satisfaire leur appétit
gargantuesque, manger seize heures durant et boire en moyenne 160 litres d'eau
par jour, en train d'errer au pied des dunes, a de quoi surprendre. Leur trompe
démesurée marque le sable bien plus profondément que la trace de leurs pas.
L'arche du désert
La "grande place
blanche" suffoque.
A l'horizon, les
eaux dansantes et bleutées sont trompeuses. Poussière et tornades, Etosha est
à sec. Ses sols gypseux n'ont pas absorbé une seule goutte d'eau depuis bien
des mois. Oryx et autres antilopes adaptées à l'aridité ne font que
traverser, tête baissée, le désert de sel, pour rejoindre les maigres flaques
qui sourdent sur les rives de la cuvette saline.
Terres de solitude
Dans l'obscurité naissante,
les geckos
aboyeurs caquettent à l'entrée de leurs terriers. La lune s'est levée.
Sa pâleur contraste avec les contreforts de Brandberg, sur lesquels le soleil,
sous l'horizon, a rallumé quelques lueurs. La montagne de feu résiste encore
longtemps à l'avancée de la nuit.