Christophe Courteau, le gorille dans la peau !

Gorille des montagnes, Rwanda © Christophe Courteau
Gorille des montagnes, Rwanda © Christophe Courteau

Christophe Courteau est photographe animalier, biologiste, naturaliste et géographe de formation.
Nous avons une collaboration très étroite  depuis 2008 pour, entre autres,  créer des voyages sur mesure afin que des passionnés puissent découvrir ces lieux sauvages en étant accompagnés par un photographe professionnel, expert des destinations et thèmes concernés. Christophe n’est pas là pour « tenir la main » et se contenter de donner quelques conseils photos. Sa présence a une vraie valeur ajoutée. Son expérience, son savoir-faire, sa connaissance des animaux et de leurs comportements, des biotopes, des conditions d’observation donnent une autre envergure à ces voyages et d’autres possibilités photographiques.

Parmi ses sujets de prédilection, les grands singes d’Afrique et plus particulièrement les gorilles de montagne ont une place à part.
Aurélie et Virginie, nos deux spécialistes de l’Afrique lui on posé quelques questions, histoire d’assouvir leur curiosité. Morceaux choisis :

Christophe, vous êtes un des photographes animaliers les plus experts des gorilles de montagne.
Depuis quand et combien de fois êtes vous allé à leur rencontre ?

Je suis régulièrement allé photographier les gorilles de montagne depuis 15 ans, mais combien de fois j’y suis allé au total ? En fait j’ai arrêté de compter il y a plusieurs années après plus de cinquante ou soixante visites, peut-être un peu vexé à cette époque de n’être que le deuxième photographe européen ayant effectué le plus de visites aux gorilles. Mais surtout, très distancé par un confrère anglais qui lui, y est allé bien plus que 100 fois ! 🙂

On dit que se retrouver face à un gorille pour la première fois est assez étrange, voire bouleversant.
Comment s’est passée votre première fois ?

Effectivement, la première fois est étrange. Tout va très vite, on est un peu stressé, on se répète sans cesse ce que l’on voudrait faire, voir et photographier. Et puis rien ne se passe comme on le pensait, les gorilles bougent, ils se mettent sous le couvert des bambous et là, c’est la déception pour les photos car c’est bien plus difficile que prévu. Mais l’observation reste évidemment totalement magique.
Et là, on est dans une sorte d’état second.
Il faut comprendre que c’est un moment tellement unique, que l’on attend depuis longtemps, parfois des années… Il y a énormément d’émotions lors du premier contact, et j’ai vu beaucoup de gens qui ne pouvaient pas retenir quelques larmes, submergés par cette émotion très très forte et unique en son genre.
Voir les gorilles c’est souvent la concrétisation d’un rêve. Vivre ce rêve, ça peut secouer !

Gorille des montagnes, Rwanda © Christophe Courteau
Gorille des montagnes, Rwanda © Christophe Courteau

 

Si vous aviez un seul conseil à donner à quelqu’un qui souhaite rencontrer ces gorilles pour la première fois, quel serait-il ?

Faire tout pour réaliser ce rêve. Dans notre monde devenu une peu dingue, il faut le reconnaître, il n’est pas donné à tout le monde de pouvoir réaliser ses propres rêves. Alors si vous pouvez le faire, si vous avez la condition physique, la volonté et les moyens financiers, faîtes-le pendant qu’il est possible pour vous de le faire. N’attendez pas. De toutes les rencontres animalières que l’on puisse faire dans la nature, être au contact proche d’une famille de gorilles est vraiment, vraiment un cadeau de la nature, un moment rare et évidemment très précieux.

 

Faune sauvage et tourisme ne font pas toujours bon ménage. Qu’en pensez-vous dans le cas de l’observation des gorilles ?

Je suis assez nuancé concernant le tourisme et la conservation de la faune sauvage. Il est souvent de bon ton ces derniers temps de critiquer le tourisme et le transport aérien. Évidemment, le tourisme a un impact important sur la nature et dans certaines régions du monde, c’est même parfois un impact catastrophique.
Mais il ne faut pas s’y tromper, le tourisme c’est LA CLÉ de la conservation de la nature. On ne peut pas faire n’importe quoi n’importe où, c’est une évidence. Des hôtels bondés au milieu de la savane ont un impact important sur la faune, la flore, c’est certain. Mais dans le cas des gorilles de montagne, c’est très différent.
En matière de tourisme et de protection des gorilles de montagne, le gouvernent rwandais a fait un pari audacieux il y a plusieurs années, mais un pari qui s’avère gagnant aujourd’hui.
Les familles de gorilles de montagne que l’on peut visiter dans le Parc National des Volcans ne sont pas nombreuses, seulement une dizaine.
Les autorités rwandaises ont instauré des réglementations très strictes. Tout est parfaitement encadré lors des trekkings, notamment grâce à des équipes de gardes sur-entrainés et très impliqués dans la protection de cette espèce symbolique pour leur pays.
En conséquence, il n’y a au maximum que 8 personnes à la fois qui peuvent visiter une famille de gorilles, pendant seulement une heure de contact et une seule fois par jour.
Vous imaginez bien que là, on parle d’un tourisme extrêmement confidentiel et hyper encadré. Et depuis cet été, avec la Covid-19, ce n’est plus que 6 personnes au total qui pourront aller voir les gorilles avec des conditions de sécurité et d’hygiène encore plus strictes, notamment avec le port du masque en permanence, ce qui n’était pas demandé au Rwanda jusqu’alors (mais au Congo voisin oui).
Et pourtant c’est ce tourisme très confidentiel (80 à 100 personnes par jour au maximum) qui a permis d’assurer non seulement la sauvegarde de l’espèce, mais aussi sa sécurité et son développement. De moins de 300 individus dans les années 80, nous sommes passés à une population de plus de 1000 gorilles aujourd’hui.

Le pari est donc gagné pour les autorités rwandaises qui ont fait le bon choix, celui d’un tourisme spécialisé et très impliqué dans la conservation d’une espèce pourtant au bord de l’extinction depuis plus de 30 ans. Aujourd’hui on peut dire que les gorilles de montagne sont hors de danger immédiat, mais attention, les efforts ne doivent surtout pas être relâchés.

Gorille des montagnes, Rwanda © Christophe Courteau
Gorille des montagnes, Rwanda © Christophe Courteau

 

Le prix des permis gorilles ont plus que doublé au Rwanda il a trois ans pour atteindre les 1500 USD / permis.
Trouvez-vous une justification à ce tarif ?

J’ai expliqué tout à l’heure que c’était le tourisme qui avait permis la sauvegarde de l’espèce pourtant au bord de l’extinction.
Si on ne peut accueillir que très peu de visiteurs à la fois, en raison du caractère fragile de l’espèce et de la configuration des lieux, la conséquence en est très simple, elle est mathématique : ces quelques visiteurs doivent payer un ticket d’entrée à un prix beaucoup plus élevé que pour la majorité des activités que l’on peut proposer dans une réserve en Afrique.
Mais le résultat est là.
Alors que la plupart des espèces fragiles sont en train de disparaitre à vitesse grand V dans le monde entier, quels que soient les écosystèmes (forêts équatoriales, savanes, milieu marin, montagne, toundra etc…) et bien le gorille de montagne voit ses effectifs augmenter chaque année.
Tant est si bien que le parc national des Volcans au Rwanda est devenu trop petit. Les gorilles sont à l’étroit.
Depuis 3 ans, le gouvernement agrandit peu à peu le parc national en rachetant les terres adjacentes qui étaient cultivées.
Il faut donc des moyens financiers considérables pour racheter ces terres et surtout indemniser le mieux possible les familles de cultivateurs et les réinstaller là où ils pourront non seulement continuer leur activité mais aussi avoir accès à des services publics comme l’électricité, l’eau potable, des écoles, des transports. Ce qui n’étaient pas le cas avant dans ces villages d’altitude.
Ce programme est prévu sur plusieurs années et demandera évidemment beaucoup de moyens. Ce sont principalement les permis gorilles, certes très onéreux, qui financent ce programme d’agrandissement du parc et le retour à la nature des zones périphériques qui étaient cultivées.
La protection de la nature et la conservation d’espèces aussi fragiles que le gorille de montagne est à ce prix.

 

Christophe Courteau est biologiste, naturaliste et géographe de formation.
En 1995, après quelque temps passé au sein d’un institut de recherche appliquée pour l’agriculture et l’environnement, il arrête tout et décide de faire de sa passion d’enfance, la photo animalière, son métier. Il devient très vite photographe professionnel.

© Kyriakos Kaziras
© Kyriakos Kaziras

Depuis, Christophe n’a cessé de parcourir la planète pour photographier le monde animal dans sa beauté et sa diversité.
Mais il ne photographie pas uniquement ce que la nature a de plus beau à nous offrir. Christophe nous montre aussi une autre réalité : la plupart des créatures et des paysages sauvages qui nous ont tant fait rêver sont fragiles et sont maintenant directement menacés par les activités humaines modernes…

Outre sa passion pour les espaces sauvages, Christophe travaille également sur les liens étroits qui unissent les populations traditionnelles et leur environnement.
Depuis 25 ans qu’il est professionnel, Christophe est également guide accompagnateur et organisateur de voyages photographiques en Afrique comme dans le monde entier. A ce titre, il collabore avec Etendues Sauvages depuis 2008.

Les images de Christophe Courteau ont été primées dans de nombreux concours photo internationaux, notamment celui du prestigieux « BBC Wildlife Photographer of the Year » ou en France, celui du Festival International de la Photographie Animalière de Montier-en-Der, mais surtout, son travail a été publié par les plus grands magazines et journaux.

De Paris Match ou le Figaro magazine en France, en passant par le célèbre National Geographic américain ou BBC Wildlife anglais, ses images (et les histoires qu’elles racontent) ont souvent fait le tour du monde, notamment son travail sur les lycaons ou sur les gorilles de montagne.

Sa dernière exposition « La Nature dans la Peau » présentée pour la première à Montier-en-Der en novembre 2019 puis à Saint-Germain-en-Laye en janvier 2020, a déjà été admirée par plus de 40000 personnes.