Causerie Sauvage avec Beverly et Dereck Joubert

Beverly et Dereck Joubert © Wildlife Films
Beverly et Dereck Joubert © Wildlife Films

Beverly et Dereck Joubert ont vécu leur vie en connexion avec la nature africaine. Ils sont une inspiration et un symbole des voyages d’Étendues Sauvages en Afrique. Nous avons souhaité les interviewer pour partager leurs expériences.

Étendues Sauvages : Quel est votre plus ancien souvenir de brousse ?

Dereck : Nous avons tous deux grandi en Afrique du Sud et dès le plus jeune âge, nous avons visité des réserves naturelles comme le Kruger. Je me rappelle voir un éléphant pour la première fois vers 4 ou 5 ans et tomber absolument amoureux de ces animaux. Je me suis alors dit que je n’étais pas né dans la bonne famille, que j’aurais plutôt du appartenir à une famille d’éléphants !
Cette rencontre a fait que d’abord seul, puis ensemble avec Beverly, j’ai mené ma vie, à l’école, à l’université, dans la brousse ou dans le travail, selon ce que j’appelle l’éthique des éléphants, c’est- à-dire la compassion altruiste, la dignité, la grâce, la communication, la collaboration. Ces premières expériences ont donc façonné les prochaines soixante années de ma vie.

Beverly : Grandissant en Afrique du Sud, mes parents m’ont toujours emmenée dans des réserves à travers le pays. L’anecdote qui me revient à l’esprit est le souvenir d’un magnifique rollier à longs brins. Il était blessé, sur la piste, après avoir été percuté par une voiture. Je ne supportais pas de voir des animaux blessés et ma réaction instinctive à ce moment-là a été de vouloir le sauver. J’ai demandé à mes parents de s’arrêter et de récupérer l’oiseau mais ils m’ont dit que je ne devais pas descendre de la voiture car il y avait des animaux dangereux alentour. J’ai cependant sauté de la voiture et ramassé le rollier. La prochaine étape était de réussir à le soigner. Nous sommes allés jusqu’au camp de safari le plus proche où les gens ont du penser que c’était un peu insensé. Mais ils ont cependant été très gentils avec la petite fille que j’étais, qui tenait à sauver cet oiseau. Je pense que ma compassion a commencé dès mes premières années avec mes parents. Comme Dereck, j’ai eu la chance d’avoir ces merveilleuses expériences de découverte de la nature sauvage et nous avons tous deux commencé notre vie en tant que jeunes explorateurs. Quand Dereck et moi nous sommes rencontrés, nous avons réalisé que nous étions des âmes sœurs et que nous allions désormais vivre ces aventures ensemble.

Dereck : Cette question amène à se demander quelles sont, dans le monde d’aujourd’hui, les expériences de nature que les jeunes peuvent vivre, dont ils tireront des enseignements et qui façonneront leur vie, comme nous l’avons fait. Quand on pense qu’il y a 8 millions d’habitants à New-York, 20 millions à Sao Paulo par exemple, où peuvent aller les jeunes pour bénéficier des mêmes expériences que les nôtres ? Il y a souvent un déficit de nature dans la très jeune génération aujourd’hui.
Voyager en Afrique peut combler ce déficit et constituer une expérience profonde et marquante.

Beverly et Dereck Joubert © Wildlife Films
Beverly et Dereck Joubert © Wildlife Films


ES : Ce qui m’a frappée en regardant votre travail, c’est l’importance des sens. Quel rôle jouent les sens dans votre découverte de la vie sauvage ? De quelle façon cela diffère-t-il de la vie urbaine ?

Beverly : On constate à travers le monde aujourd’hui que presque tout le monde est coupé, déconnecté de la nature. Or pour survivre dans la nature sauvage, mais aussi pour faire notre travail de réalisateurs de films, Dereck et moi devons communier avec la nature. Pour cela, nous devons être libérés de ce qui encombre nos vies habituellement : le bruit ou la musique ou encore nos téléphones portables. Tous les sens sont extrêmement importants pour nous, il nous faut être capables de comprendre les informations qu’ils nous transmettent, comme si nous étions des animaux sauvages, et d’ailleurs nous sommes des animaux même si nous avons tendance à l’oublier. Nous devons être attentifs aux cris des animaux autour de nous et être capables de les interpréter comme par exemple les cris d’alarme que les animaux poussent à la vue d’un prédateur. Ces cris peuvent nous guider jusqu’à un léopard, un guépard ou un lion. Il est donc impératif que nous soyons totalement immergés dans la nature avec tous nos sens en éveil. L’odorat peut aussi nous donner des indications, par exemple si un animal est mort dans les environs ou s’il y a du danger à proximité ou encore si la pluie approche et que nous devons nous mettre à l’abri, ou s’il se passe quelque chose avec les animaux que nous filmons. En comprenant les informations que nos sens nous donnent, nous pouvons nous comporter de façon naturelle et ne jamais être intrusifs avec les animaux. D’ailleurs, nous n’intervenons jamais dans une situation naturelle. En revanche, s’il s’agit d’une situation créée par l’homme, où un animal a été blessé, alors il peut arriver que nous intervenions. Pour conclure, je trouve qu’être dans la nature emplit mon âme et lorsque je suis dans la nature, je me sens entière et complète.

Dereck : Quand on vole dans notre petit avion Cessna, qu’on traverse la frontière et qu’on se dirige vers le delta de l’Okavango, je peux sentir ce mélange unique d’odeurs de sauge sauvage et d’éléphants, même à 2400 m d’altitude, ce parfum indique que nous sommes de retour chez nous.

Beverly et Dereck Joubert © Wildlife Films
Beverly et Dereck Joubert © Wildlife Films

ES : Comment vous êtes-vous rencontrés et comment avez-vous débuté vos carrières ? Diriez-vous que le fait d’être un couple a aidé vos carrières et vos choix ou a été un obstacle ?

Dereck : Nous nous sommes rencontrés au lycée. Je suis parti faire mon service militaire puis ai repris mes études universitaires et Beverly a poursuivi ses études et commencé à travailler. Quand nous avons fini nos études, nous étions déjà en couple et nous sommes partis dans la brousse pour découvrir l’Afrique. Nous sommes nés en Afrique mais grandir en Afrique du Sud n’est pas représentatif de l’ensemble du continent dans toutes ses facettes. Nous avons tout d’abord un peu exploré l’Afrique du Sud puis sommes rapidement partis au Botswana. Nous sommes tombés amoureux non seulement l’un de l’autre mais aussi de l’Afrique. Nous sommes des enfants de ce continent, l’Afrique coule dans nos veines et fait partie de notre ADN. Découvrir cela ensemble a été important pour nous.
À un moment, alors que nous étions en train d’étudier les lions à l’Institut de Recherche sur les Lions à Chobe, au Botswana, j’ai pris une caméra en mains et j’ai passé mes appareils photo à Beverly. À cet instant, nous nous sommes littéralement métamorphosés respectivement en réalisateur de film et photographe. Nous avons donc développé nos carrières en parallèle, ensemble. Un obstacle ? (en souriant) …

Beverly : (Rires) Je ne vois rien où être en couple a pu être un obstacle. Nous avons toujours voulu consacrer nos vies à l’exploration, la découverte de l’inconnu et bien sûr être capables de filmer ces découvertes et de mettre en lumière les merveilles du monde. Je pense que nous avons réussi à faire cela assez rapidement car au lieu d’embaucher des réalisateurs pour nous assister dans notre nouvelle carrière, nous avons appris et acquis nous-mêmes chacune des compétences nécessaires. Nous avons produit, réalisé, je m’occupais du son, Dereck des images et du script et au tout début, nous faisions même le montage sur le terrain, directement dans la brousse.
On faisait appel seulement à un compositeur, avec lequel nous travaillions étroitement. Aujourd’hui, les films étant désormais sous forme numérique, nous faisons appel à un monteur, mais en dehors de cela, Dereck et moi formons une équipe, nous partageons cette passion et nous avons une relation formidable de yin et yang. Cela confère une atmosphère particulière à nos films, que les gens remarquent, et qui, je pense, résulte de cet équilibre entre le masculin et le féminin. Nous ressentons parfois une scène de façon différente. Par exemple, il peut arriver que je réagisse plus émotionnellement à une scène de chasse que Dereck. Nous en discutons alors au montage, et ces différentes perspectives peuvent ressortir dans le film car nous avons toujours souhaité que le public puisse ressentir les mêmes émotions que nous. Cela me fait penser à notre film « Le dernier lion ». Une lionne avait trois lionceaux. Ils ont été confrontés à un troupeau de buffles, l’un a été tué, un autre a disparu et le troisième a eu le dos brisé. La lionne n’avait plus que ce seul petit à la colonne vertébrale cassée.

Beverly et Dereck Joubert © Wildlife Films
Beverly et Dereck Joubert © Wildlife Films

Elle devait prendre une décision et a fini par abandonner son lionceau car elle savait qu’elle ne pouvait rien faire. Nous pouvions percevoir la peine de cette lionne et avons nous-mêmes ressenti une peine immense. Cela ressort dans le film qui a fait partager les mêmes émotions au public.
Beaucoup nous ont écrit pour dire qu’ils avaient eu l’impression de vivre la scène comme s’ils y étaient. Certains nous ont demandé si nous n’avions pas eu envie d’essayer de faire quelque chose, et bien sûr, nous avions envie de faire quelque chose mais nous nous devions de ne pas intervenir car il s’agissait d’une situation naturelle.

Dereck : Nous discutons souvent de cet équilibre entre science et émotion. Si l’un d’entre nous vit plus difficilement un événement, l’autre peut l’aider à surmonter cela s’il ne ressent pas la même chose. C’est justement un des bénéfices de cette relation durable et intime durant ces 40 années.

ES : Vous avez souvent découvert des choses encore inconnues jusqu’à ce que vous en soyez témoins, le filmiez et partagiez cette découverte à travers vos images. Pourriez-vous nous en donner des exemples.

Dereck : Il y en a beaucoup car presque tous nos films présentent des choses inconnues jusque-là. Quand nous avons rencontré National Geographic pour la première fois, ils nous ont demandé où était cet endroit où nous avions réalisé nos films ; ils n’avaient encore jamais entendu parler du Botswana. Donc ne serait-ce que présenter au monde le Botswana à travers nos objectifs de caméra et appareils photos était déjà quelque chose de nouveau.

Au début de notre carrière au Botswana, la rivière Savuti s’est tarie. Personne n’avait réalisé que les rivières pouvaient se tarir, des rivières qui abritaient des hippopotames, des éléphants et des crocodiles. Le film qui nous a lancé : « Ennemis Eternels » a révélé les relations très intenses entre lions et hyènes. Jusque-là, le monde scientifique pensait que les hyènes étaient des charognards qui rôdaient dans le noir sans jamais tuer elles-mêmes de proies dignes de ce nom et que les lions étaient les « rois de la jungle ». Mais en fait, les hyènes sont souvent celles qui chassent et tuent les proies et les lions les charognards.
Cela a été une grande découverte scientifique.

Beverly : Dans un autre film, « Ennemis Ultimes », les lions se postent près d’un point d’eau au plus fort de la saison sèche. C’est le seul point d’eau entre deux rivières et les troupeaux d’éléphants affluent. Il y avait tant d’éléphants que lorsqu’une matriarche quittait le point d’eau et appelait son troupeau pour partir, il arrivait que certains membres du groupe ne la rejoignent pas ; la plupart du temps, c’était des jeunes de 4-5 ans qui ne retrouvaient pas leur famille. Et c’est alors que les lions ont commencé à attaquer des éléphanteaux. Il s’agissait d’une découverte scientifique.

Dereck Joubert © Wildlife Films
Dereck Joubert © Wildlife Films

Une nuit, à deux heures du matin, on a découvert des lions qui attaquaient un jeune éléphant d’environ 2 ans. C’était aussi quelque chose qui n’avait jamais été filmé ni n’était connu scientifiquement.
Un autre événement que nous avons filmé nous a particulièrement ouvert les yeux. À l’époque, nous étions en train de réaliser un film sur une jeune femelle léopard que nous avons appelée Legadema et que nous avons filmée pendant 3 ans et demi. Un jour, alors qu’elle était encore très jeune, environ 16 mois, elle a chassé une femelle babouin qui venait juste de donner naissance à un bébé, qui était encore attaché à sa fourrure. Le léopard n’avait visiblement pas conscience de la présence de ce bébé jusqu’à ce qu’il perçoive un mouvement lorsque le bébé est tombé de l’arbre où le léopard avait monté sa proie. Le léopard a sauté à terre en réaction à ce mouvement.
Le bébé babouin était tellement innocent qu’il a tendu ses mains vers le léopard pour qu’il prenne soin de lui. La femelle léopard semblait vraiment indécise entre agir en tant que prédateur ou en tant que mère. Elle n’avait pas encore été mère mais elle approchait de cette étape de sa vie. Quelque chose de très intéressant s’est alors produit. Au lieu d’agir en prédateur, elle a ramassé le bébé babouin avec précaution comme si c’était son propre petit. Elle l’a amené dans l’arbre et s’est occupée de lui. C’était le milieu de l’hiver et elle a gardé le bébé babouin dans le creux de son cou pour le tenir au chaud pendant la nuit. Bien sûr, le bébé babouin ne pouvait pas survivre car il avait besoin d’être allaité mais le léopard ne l’a pas tué.
Les images que nous avons filmées et qui ont immortalisé cette scène étaient totalement inédites. Parmi les messages que nous avons reçus suite à ce film, les gens soulignaient que si cela pouvait se produire entre un prédateur et un babouin, il était peut-être possible d’imaginer un monde sans guerres. Cependant, il s’agissait d’une situation vraiment inhabituelle.

« VOUS RÉALISEZ RAPIDEMENT QUE NOUS NE SOMMES PAS SEULS« 


ES : Vous avez précédemment décrit votre vie comme ayant traversé plusieurs phases ? Diriez-vous que ces phases ont coïncidé avec l’évolution de la biodiversité au fil du temps ?

Dereck : Absolument. Quand nous sommes sortis de l’université, nous sommes partis à la découverte de l’Afrique. Nous avons été émerveillés par sa beauté et sa complexité et nos premiers films étaient centrés sur la découverte et la célébration de l’Afrique. On peut voir cela dans nos films Stolen River, Forgotten River, Ennemis Eternels et même Reflections on Elephants. Au bout de 10-12 ans, nous avons cependant commencé à prendre conscience que tout n’était pas rose. Les zèbres se faisaient chasser pour leur peau, les éléphants pour leur ivoire, le nombre de lions s’effondrait.
Nous avons alors traversé une phase d’interrogation pendant environ 10 ans. Nos films de cette période expriment cette interrogation face à l’avenir de ces magnifiques choses que nous filmions. Pendant combien de temps seraient-elles encore là ? Puis nous sommes rentrés dans une troisième phase plus militante de plaidoyer et de défense de la nature et des animaux. Nous transmettions le message qu’il nous fallait changer notre façon d’agir si nous voulions prévenir leur disparition. Nous avons ensuite franchi une étape et décidé de remonter nos manches en sortant du monde des documentaires pour rentrer pleinement dans le domaine de la conservation pour non seulement transmettre le message de la conservation mais la mettre en œuvre nous-mêmes.

ES : Quant avez-vous décidé de créer Great Plains Conservation ?

Dereck : Nous avons découvert que pendant que nous tournions le film sur Legadema, la femelle léopard, 10000 léopards avaient été tués légalement, avec un permis de chasse. Nous avons alors créé la Big Cat Initiative avec le National Geographic pour essayer de protéger les autres Legademas et tous les autres félins, les lions, les léopards des neiges, les jaguars. Nous avons découvert que toutes ces populations s’effondraient, de façon dramatique, de l’ordre de 95% sur la durée de nos vies jusque là. Rapidement, nous nous sommes rendus compte que sauver un léopard à la fois n’était pas suffisant. Il fallait protéger des espaces sauvages pour protéger des centaines ou milliers de prédateurs à la fois. Excellente idée mais comment la financer ? Rentre alors dans l’équation le tourisme et la création de notre entreprise Great Plains, pour financer la protection de grands espaces sauvages. Aujourd’hui, nous gérons juste en dessous d’un million d’hectares de terres sauvages sélectionnées spécifiquement pour abriter les grandes espèces iconiques africaines. Si on extrapole grossièrement, cela nous permet d’abriter et de protéger autant que nous le puissions, environ 2% des populations mondiales d’éléphants, de lions et de buffles par exemple. Même si 2% ne semble pas un chiffre énorme, ces espaces joueront un rôle de plus en plus important au fur et à mesure que les populations s’effondrent autour de nous, et alors que nous acquérons plus de terrain. Great Plains devient donc un gardien d’espèces qui se raréfient.

Beverly : Ces terres ne sont pas des parcs nationaux, ce sont des terres qui sont contigües aux parcs nationaux. Elles servent de zone tampon le long des parcs nationaux ou servent de corridors entre zones protégées.

Dereck Joubert © Wildlife Films
Dereck Joubert © Wildlife Films


ES : Achetez-vous ces terres ou gérez-vous des concessions ?

Dereck : De manière générale, nous n’achetons pas les terres, car souvent quand on achète des terres, la conversation s’arrête dès qu’on a payé, même si au Botswana les choses sont généralement plus organisées qu’ailleurs. Si vous louez ou gérez un terrain pour une famille ou une communauté locale, vous devenez des partenaires. Or le partenariat est clé pour la gestion des espaces sauvages africains à l’avenir.

ES : Il y a 20 ou 30 ans, la conservation s’attelait à protéger une zone en la mettant sous cloche en quelque sorte et en la coupant du public et des communautés locales. Diriez-vous que vous adoptez une approche holistique, car c’est selon vous la seule façon d’être durable et de réussir ?

Beverly : Absolument, c’est la seule façon d’avoir des résultats durables. J’aime le mot « holistique » car c’est exactement ce que nous faisons. En impliquant les communautés, nous aidons tous leurs membres à être ambassadeurs de ces terres. Après la pandémie, nous avons tous mieux compris le rôle du tourisme pour la protection de ces régions. Les communautés doivent être incluses dans la conservation, elles doivent embrasser le changement et être ce changement.

Dereck : Si on veut survivre au-delà de ce siècle, nous devons reconnaître que le Graal serait de préserver environ la moitié de la planète intacte, sauvage. C’est à cela que doit être consacré l’essentiel de notre argent maintenant, à la protection de notre capital naturel. Nous devons aider à voir au-delà de bénéfices immédiats et de court terme et à développer des bénéfices durables, mais qui n’affectent pas le capital naturel de la planète. Cela peut se faire à travers des partenariats.

Beverly Joubert © Wildlife Films
Beverly Joubert © Wildlife Films


ES : Quelle anecdote donneriez-vous pour expliquer pourquoi vous êtes si attachés à la brousse et quelle a été la ligne directrice de votre vie.

Dereck : C’est une question difficile. Si vous regardez dans les yeux d’un animal tel que le léopard, vous réalisez rapidement que nous ne sommes pas seuls. Nous ne sommes pas les seuls êtres conscients. Par conséquent, nous devons respecter tout ce qui est autour de nous. La politique de notre compagnie est d’être attentionné, de se sentir concerné et d’être empathique, que ce soit quand nous gérons notre entreprise, interagissons entre nous ou interagissons avec les animaux. Je pense que c’est ce qui a guidé notre vie entière, car en regardant à travers ces yeux d’animaux, on peut voir leur âme et on réalise, à quelques nuances près, qu’ils sont humains aussi, d’une certaine manière.

Extrait du livre « Au cœur de la Nature – Volume 1 »
Interview réalisée par Delphine Dubray en août 2023, pour Étendues Sauvages

 

Les programmes engagés

– Big Cat Initiative avec National Geographic : une équipe de biologistes, conservationnistes, explorateurs engagés sur le terrain depuis 2009 pour la protection des grands félins. 128 projets dans 28 pays, 7 espèces iconiques protégées dans plus de 1800 espaces, 4 500 lions sauvés.

– Projet Rangers : 9 pays, 16 projets partenaires, 152 salariés.

– Rhinos without borders : transfert de 100 rhinocéros de l’Afrique du Sud vers le Botswana.

– Sapi Reserve Restoration Initiative (Zimbabwe) : zone de 120 000 hectares située sur le fleuve Zambèze bordant le parc national de Mana Pools. Programme associant un plan stratégique de gestion de la faune, le développement d’infrastructures de base, de routes et de systèmes de communication et une opération d’écotourisme (Tembo Plains).

Pourquoi continuer à faire du tourisme en Afrique ?

– La vie urbaine a créé un déficit de nature. Voyager en Afrique comble ce déficit et constitue une expérience profonde et marquante.

– Il faut encourager le tourisme responsable qui a du sens. Sa première vertu est de contribuer à la préservation des animaux.

– Le tourisme actif est le moteur de la plupart des économies en Afrique.

– Voyager c’est soutenir des emplois. La vie de plusieurs milliers de personnes dépend, directement et indirectement, des réels bénéfices du tourisme.

– Les gens des communautés locales sont formés à diverses professions et peuvent par la suite occuper d’autres postes. Il y a une réelle spirale positive de transfert de compétences.

– Bien sûr, il est possible de calculer l’empreinte carbone du voyage et de sponsoriser la plantation d’arbres sur le terrain en Afrique.

– Mais les bénéfices du tourisme vont bien au-delà de tout cela et cela se vérifie en Afrique : voyager loin de chez soi développe notre esprit et nous rapproche des hommes. C’est la plus grande valeur du tourisme.

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