Causerie Sauvage avec Vanessa Mignon

ager Avec Les Cétacés © Vanessa Mignon
ager Avec Les Cétacés © Vanessa Mignon

Rencontres en bleu

Plonger son regard dans celui d’un mégaptère, planer au-dessus d’un requin baleine, contempler le ballet fantastique de nuées de raies, glisser dans le bleu au milieu d’imposants cachalots… Du Pacifique avec la Polynésie et les Îles Tonga au canal du Mozambique, au large de la Dominique ou du Mexique, les routes migratoires des créatures marines les plus mythiques offrent d’inoubliables face-à-face.
Séquences émotion.

Chaque hiver, les mégaptères quittent les zones polaires nourricières pour entamer l’une des plus longues migrations connues chez les mammifères.
Objectif ? Gagner les eaux chaudes, tropicales ou subtropicales, propices à la reproduction et à la mise bas de leur petit. Selon leur hémisphère d’attache, nord ou sud, les baleines à bosse parcourent ainsi de 10 à 25 000 kilomètres. Parmi les routes empruntées par ces nageuses de fond, l’une frôle les côtes australiennes.
C’est là qu’en 2007, le destin de Vanessa Mignon, jeune comptable bretonne fraîchement installée à Sydney, va se dessiner. Tandis qu’elle observe leur passage depuis les falaises, l’envie folle de se jeter à l’eau pour les approcher la saisit. Une amie lui parle alors des îles Tonga où l’expérience, très encadrée, est possible.

Vanessa Mignon
Vanessa Mignon

De cette aventure naît une passion qui ne la quittera plus… « Il y a chez ce mammifère à la fois gigantesque et si incroyablement délicat, un haut niveau de conscience, une intelligence et une sensibilité que l’on perçoit dans sa manière d’interagir avec ses congénères, mais aussi avec nous » raconte cette plongeuse et photographe de renom, saluée pour son implication dans la préservation et la sensibilisation à la cause animale.

« J’ai eu la chance de vivre des moments d’une rare intensité auprès de ces animaux, à m’émerveiller de la douceur de leurs caresses lors d’une danse nuptiale, de la tendresse d’une mère pour son petit, de cette attention qu’ils nous portent, de ces regards croisés dans lesquels on sent qu’ils savent qui nous sommes… Nous les avons chassés durant près de deux siècles, ils en gardent la mémoire. Et pourtant, lorsque l’approche est faite dans les règles de l’art et que la confiance s’installe, ils nous acceptent, sans jugement. Nager avec eux ne devrait jamais être considéré comme une attraction, c’est un cadeau de la nature qui se mérite et demande beaucoup de patience et un immense respect ».

L’expérience débute par le repérage de l’animal. Un hydrophone permet de capter ses vocalises et de s’assurer de sa présence dans la zone. Sinon, il faut scruter la surface de l’océan dans l’espoir de repérer son souffle : nuage vaporeux exhalé à la vitesse de 400 km/h qui s’élève jusqu’à trois mètres dans les airs avant de disparaître en quelques secondes. Autant dire qu’une mer trop agitée ne se prête pas à l’exercice, pas plus qu’au repérage de l’empreinte, ce halo lisse comme de l’huile marquant la surface à l’endroit où une baleine a sondé. La localisation de cette auréole caractéristique permet de définir un périmètre de recherche et d’attendre que l’animal remonte à la surface. Compter dix à vingt minutes pour les adultes, quatre à cinq pour les baleineaux. À cette étape, l’étude du comportement de l’animal conditionne la mise à l’eau des candidats à la rencontre.

S’il se sent en confiance, le mégaptère viendra vers les nageurs et la magie opèrera

Patience donc. Et respect. À l’approche des cétacés, le bateau doit réduire sa vitesse, tenir une distance de sécurité, ne pas séparer un groupe, et quand plusieurs bateaux sont présents, ne surtout pas encercler un animal… Les baleines les plus faciles à observer sont souvent les mères accompagnées de leurs petits, parce qu’elles restent près des côtes ou des récifs, dans les baies ou les passes, pour protéger leur progéniture d’éventuels prédateurs. En cas de stress, elles regagneront le large et ses dangers…

Côté nageurs, des règles strictes s’appliquent également : mise à l’eau à cinquante mètres de l’animal, pas d’approche à moins de trente. Il leur faudra rester groupés, dans le calme, sans jamais tenter de le poursuivre… « S’il se sent en confiance, le mégaptère viendra vers eux et la magie opèrera », conclut Vanessa.

Si les îles Tonga, avec la Polynésie française, la République Dominicaine ou encore Madagascar, comptent parmi les rares destinations où il est permis de se mettre à l’eau avec les baleines à bosse, d’autres espèces emblématiques peuvent être approchées : en Mer de Cortez, au Mexique, s’immerger lors d’impressionnants rassemblements de raies Modula promet de belles émotions entre mi-mai et juillet ; quant au placide et totalement inoffensif requin-baleine, plusieurs régions comme Mafia au large de la Tanzanie, Diego Suarez et l’archipel de Nosy Be, au nord de Madagascar, la côte Nord-Ouest australienne ou encore le Mexique, sont à privilégier en fonction des périodes de passage de ce poisson migrateur, le plus grand au monde.

Et puis il y a le cachalot, plus grand prédateur à dents de la planète, dont les photos en position « chandelle », celle qu’il adopte, droit comme un « i », lorsqu’il sommeille, ont fait le tour du monde, suscitant fascination et bien trop de convoitises… « Au large de l’île Maurice ou du Sri Lanka, les mises à l’eau avec ce géant carnivore sont devenues un cirque. Depuis 2019, à Maurice, des Russes se sont mis à exploiter le filon en ne respectant pas les règles qui fixent la limite de mise à l’eau avec l’animal à midi pour lui laisser le temps de vivre des interactions sociales cruciales pour l’espèce, ce, sans qu’aucune interdiction ni poursuite ne les sanctionne. En conséquence, les autres opérateurs ne se gênent pas pour adopter les mêmes mauvaises pratiques », tempête Vanessa.

Elle préconise l’approche responsable proposée au large de l’île de la Dominique dans les Petites Antilles dont un pod d’environ deux cents individus fréquente les eaux. S’inspirant du modèle adopté par le Rwanda pour les gorilles de montagne, avec limitations de fréquentation et permis payant, ce petit État membre du Commonwealth, engoncé entre la Martinique et la Guadeloupe, annonçait en novembre dernier la création d’une aire protégée de huit cents kilomètres carrés, la première au monde dédiée à la préservation de ce majestueux odontocète en voie d’extinction.

Extrait du livre « Au cœur de la Nature – Volume 1 »

Crédit photos : © Vanessa Mignon, Tous droits réservés.

Plus d’images de Vanessa Mignon sur son site internet à découvrir ICI.


Le saviez-vous ?

Le cachalot, un allié inattendu dans la lutte contre le réchauffement climatique !
Riches en nutriments, les excréments du cachalot stimulent la prolifération du plancton qui absorbe le CO2 présent dans l’eau. C’est ce que révélait récemment l’organisme à but non lucratif Pristine Seas, conseil, au même titre que Dynamic Planet, du gouvernement dominiquais dans la création de l’aire marine protégée dédiée au mastodonte. D’après son fondateur, Enric Sala, les déjections de 250 cachalots permettraient la captation de 4200 tonnes de dioxyde de carbone par an, soit l’équivalent des émissions de 5000 véhicules.

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