Paul a passé six mois en Islande, de février à août 2023, en stage chez un des leaders mondiaux de la prothèse, Össur. Disposant de ses week-ends et de quinze jours de congés en tout pour découvrir le pays, il s’est penché sur les cartes et s’est aménagé un programme d’excursions sur mesure, de la plus touristique à la plus aventureuse, pour faire le plein de nature islandaise.

Parmi les trois zones majeures qu’il faut avoir exploré, notre étudiant cite encore la péninsule de Snæfëllsnes, « une Islande miniature, accessible en à peine deux heures depuis Reykjavik et que j’ai découverte début mars, par -15°, les pieds dans la neige sous un ciel orageux. Les lumières étaient incroyables, et j’étais totalement seul » et bien sûr les majestueux fjords de l’Ouest. « C’est un endroit très spécial, au climat rude. L’une des zones les plus désertes du pays. Elle n’est accessible que du printemps à l’automne. L’hiver, elle est presque totalement coupée du monde. Je l’ai découverte en juillet, un ami m’avait rejoint pour l’occasion ».
Parmi les moments remarquables de cette exploration ?
« Les paysages sont là encore à couper le souffle avec ces fjords monumentaux qui découpent la côte en une dentelle de péninsules. Mais s’il faut retenir deux lieux, je dirais le parc national de Vatnajökull avec le glacier Svínafellsjökull, mais aussi la cascade de Dynjandin nichée au fond de l’Arnarfjördur. Elle a une forme singulière, dévale une montagne en escalier sur cent mètres de haut et s’évase à l’arrivée, sur près de soixante mètres de large. Une pure merveille sur un lit de mousse fluo ! Et puis, il y a le fjord de Látrabjarg et ses falaises gigantesques qui plongent dans la mer du Groenland. Des macareux moine y nichent. Pour les voir, mieux vaut viser le début de soirée, c’est l’heure du retour de pêche pour ces oiseaux. L’été, le soleil pointe jusqu’à minuit, nous sommes restés plus de deux heures à les observer. La lumière était magique. »
L’aventure… Paul n’envisageait pas de quitter l’Islande sans l’avoir vécue.
Au programme, une randonnée de six jours en autonomie dans les Hautes Terres, la partie la plus sauvage de l’île et l’une des plus grandes régions inhabitées d’Europe. « C’est là que l’on prend la mesure de la démesure. Les panoramas y sont dantesques, irréels et majestueux ».
Paul a découvert les hauts plateaux islandais lors d’une première randonnée, fin juin, sur le fameux trek du Laugavegur, élu parmi les vingt meilleurs du monde par le National Geographic.
Trois jours de marche, nuits en camping et l’éblouissement à chaque instant, depuis Landmannalaugar, royaume des montagnes colorées et des champs géothermiques, jusqu’à la cascade de Skógafoss en passant par Thórsmörk, « la forêt de Thor ».
« Les deux premiers jours, c’est l’explosion des couleurs dans des décors où le noir de l’obsidienne tranche avec les tonalités jaune, rouille et caramel des rhyolites, du souffre et autres métaux », raconte le jeune baroudeur.
« Le 3ème jour émerge de ces paysages infernaux, une oasis de verdure. Une forêt de bouleaux nains, dans une vallée couverte de mousses volcaniques. Le tout enclavé entre les deux immenses glaciers du Mýrdals et de l’Eyjafjall au pied de vastes champs de lave. Fabuleux. »
Mais ce trek, s’il reste exigeant, est encore trop fréquenté pour celui qui rêve d’une expérience de marche en solo dans ces immensités. Une aventure qui se prépare avec soin.
Paul étudie les cartes, se renseigne auprès des rangers sur l’itinéraire qu’il a choisi et ses difficultés. « Les principales difficultés en Islande sont les passages à gué qui peuvent être périlleux quand l’eau vous arrive au genou. C’est le sel de l’aventure, mais il faut être prudent », explique-t-il.
« Mon objectif était d’explorer la zone autour de Landmannalaugar et de la réserve naturelle de Fjallabak pour atteindre le lac Langisjór ».
Surnommé « la grande mer », ce lac tout en longueur s’aligne dans la perspective de l’immense glacier du Vatna. Un camping se dresse à l’extrémité du lac, point de chute idéal avant de rallier l’emblématique Mælifell, un volcan couvert de mousse verte, trônant au centre des plaines de sable noir de Mælifellssandur.

Photogénique à souhait. Le moment le plus intense de ce périple ? « Incontestablement, le dernier jour.
Après avoir déjà parcouru cent trente kilomètres, j’allais affronter le tronçon le plus difficile : vingt-cinq kilomètres avec un dénivelé positif de mille cinq cents mètres et un horaire à respecter : 16h, le départ de l’unique bus pour le retour à Reykjavik. »
Pour relever le défi, il se met en marche un peu avant l’aube, à 3h30 du matin, mais se rend vite compte des imprécisions de sa carte. « Dans la pratique, la rivière que je pensais longer tranquillement était rejointe par quantité de petits ruisseaux et bordée de collines assez abruptes qui contrariaient ma progression. Je voulais absolument voir une montagne à la roche singulière, de couleur verte. Je savais où la trouver mais la configuration du terrain m’obligeait à un trop grand détour. Il était 9h du matin, j’avais encore quinze kilomètres à avaler, alors j’ai décidé de prendre un raccourci qui me semblait possible, pour rejoindre un plateau où la marche serait plus aisée. »
La chance lui sourit, il atteint le plateau, puis retrouve un sentier de gravier qui chemine sur la crète d’une étonnante colline ocre jusqu’au sommet qu’il souhaitait décrocher. « Des panoramas que j’ai pu contempler, ce fût de loin le plus extraordinaire. Le ciel était limpide, je voyais à des kilomètres à la ronde jusqu’aux plus grands glaciers de l’île ».
Défi relevé ! Il n’est que 14h, Paul n’a plus que cinq kilomètres de marche devant lui, ce qui lui laisse largement le temps de savourer l’instant : « j’ai vécu cette journée sans croiser un seul être vivant, je n’entendais que le souffle du vent et le bruit de mes pas ».
Dans cette infinie solitude, au cœur d’une nature aussi hostile qu’époustouflante, ressentir l’intensité de l’instant présent est le plus beau cadeau de l’Islande.
Islande © Paul Guillot – Étendues Sauvages
Entretien et rédaction : Marilou Desbois












